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J'avoue ne plus supporter les précautions qui sont prises avec l'Allemagne. Un pays européen, la Grèce, berceau de la démocratie puis centre du christianisme oriental, peuple de héros luttant pour leur indépendance nationale au XIXè siècle et contre le fascisme durant la Seconde Guerre mondiale, est en train d'être asphyxié à petit feu, privé de toute avenir, vidé de sa substance! Et il faudrait demander à l'Allemagne de bien vouloir adhérer à un pacte de croissance? 45% des jeunes Espagnols, diplômés d'un pays qui possède parmi les meilleures universités d'Europe, sont au chômage! Et il faudrait prier l'Allemagne de "faire un peu d'inflation"? L'Italie, peut-être la France demain, sont mis sous pression par des marchés financiers qui prennent les dirigeants européens à la lettre - "Vous nous promettez des réformes structurelles; montrez les nous!". Et nous attendons avec anxiété un battement de cils d'Angela?

Mais sommes-nous devenus incapables, nous autres Européens, de regarder le monde autour de nous? Avons-nous, Français, peuple libre à ce qu'on disait, perdu tout sens critique?

Les Etats-Unis s'endettent massivement depuis cinq décennies, au point de fragiliser régulièrement l'économie mondiale (1968, 1973, 1978, 1987, 2000, 2007) et l'Allemagne continue à croire que le rachat par la BCE de toutes les dettes publiques européennes fragiliserait la monnaie européenne? Et nous acceptons ce raisonnement?

La Chine ou les pays du Golfe sont prêts à investir dans l'économie européenne, massivement, et nous nous privons de telles occasions par absence de stratégie européenne lisible? Nous nous refusons à croire dans l'avenir du continent?

Il est un principe d'organisation qu'il faut substituer à l'actuelle "bundesrepublikanisation" de l'Union européenne: entendons-nous sur des objectifs ambitieux, très ambitieux, même, pour l'Europe; mais laissons chaque pays faire comme il entend. Et jugeons chaque pays sur la question de savoir s'il atteint les objectifs fixés, non sur celle de savoir s'il s'est conforme aux principes de l'orthodoxie ordo-libérale (tout en constatant, année après année que les objectifs ne sont pas atteints).

Les marchés, nous dira-t-on, n'accepteraient pas une telle démarche. Mais on raisonne mal, en l'occurrence. Ce que les marchés reprochent à nos pays, c'est le fait de ne pas tenir la stratégie promise. Ce qui a été sanctionné, en 1983, c'était la relativement mauvaise gestion des finances publiques, non le programme socialiste en soi. Si la France, à cette date, était revenue, pour elle-même, à l'équilibre budgétaire, et avait affiché, mais dans le respect de son propre écosystème, des "réformes structurelles" conformes aux capacités et à l'histoire du pays (sur le modèle de ce qu'avaient mis en place Charles de Gaulle et Jacques Rueff en 1958), on n'aurait jamais eu l'évolution ultérieure vers les rigidités de la monnaie unique européenne (simple extension des principes gouvernant le deutsche mark à plusieurs pays).

Les marchés aiment constater qu'un pays atteint les objectifs qu'il s'est fixés; ils n'ont pas de modèle a priori; ils sont inflationnistes face à l'économie américaine et monétaristes face à l'Europe. Pourquoi serait-il scandaleux que l'Etat intervînt dans l'économie française pourvu que l'équilibre budgétaire de notre pays fût atteint? Est-ce plus scandaleux que les mille et une normes à respecter sur le sol allemand qui protègent les produits allemands de la concurrence étrangère? Aucun pays ne vit dans un monde de la "concurrence pure et parfaite" et ne la respecte pour soi-même.

Pourquoi devrions-nous continuer à nous soumettre à un taux d'intérêt unique dans une zone monétaire qui n'est pas optimale alors qu'il serait possible de laisser fixer par chaque pays le niveau des réserves en euros qu'il entend conserver pour garantir sa monnaie nationale - imaginons l'euro, redevenu monnaie commune et indexé sur les métaux précieux ou sur un panier de matières premières, jouant le rôle de monnaie de réserve des partenaires européens? Un pays ayant vu ses réserves en "euros-or" baisser serait naturellement conduit à exporter plus pour les reconstituer; au contraire, un pays excédentaire se mettrait à importer - un principe formulé par John Locke dès 1691, et qui a fait la solidité du capitalisme jusqu'en 1914 ou pendant les Trente Glorieuses.

Avant de fixer les cadres d'un nouveau système, il faut envisager un programme européen où l'on commencerait par injecter massivement des liquidités, à l'anglo-saxonne, dans les économies européennes, pour les faire repartir. Et que les rentiers vieillissants d'outre-Rhin ne jouent pas les pères La Vertu! Que pèseront ces liquidités face au déversement permanent de bons du trésor américains sur le monde? Si les épargnants allemands veulent conserver leurs économies, ils n'ont pas intérêt à se retrouver, vieillards grabataires privés de tout soin à domicile,seuls au milieu d'une Europe exsangue. Ensuite, une fois l'économie ayant pu disposer des liquidités nécessaires, on pourrait fixer des objectifs ambitieux de croissance; on laisserait aux pays le choix des moyens utilisés pour les atteindre pourvu que leurs budgets soient en équilibre et le libre-échange soit respecté entre pays de l'Union. Retrouvons une stratégie européenne fondée d'abord sur une création monétaire adaptée au potentiel de nos appareils productifs et à la qualité de formation de notre force de travail et nous verrons les marchés parier à nouveau sur l'Europe.

Nous ne pouvons pas laisser un continent entier mourir d'assèchement monétaire quand le reste du monde nage dans les excès de liquidités. Nous ne pouvons pas accepter que la jeunesse d'Europe, qui reçoit partout en Europe des formations qui sont parmi les meilleures du monde, soit sacrifiée à une politique de la rente à courte vue. Nous devons parler haut et fort à l'Allemagne!
Rédigé par Edouard Husson le Mardi 15 Mai 2012 à 23:29 | Permalien Digg Del.icio.us Wikio Facebook Google Twitter LinkedIn Viadeo WikioEs

Chronique

Gros revers pour le parti de Madame Merkel: il n´obtient que 26% des voix aux élections régionales anticipées de Rhénanie du Nord-Westphalie, soit 9 points de moins qu´ en 2010. Le SPD a gagné 4 points, à 38% et les Verts restent aux environ de 12%, ce qui permet une majorité "rouge-verte". Les libéraux sont à 8%. Non moins frappant est la descente de La Gauche (Die Linke) en dessous des 5% requis pour avoir des représentants et la percée des "pirates internautes", le Piratenpartei, à 7%. Il est difficile de tirer des conclusions définitives pour les élections au Bundestag de l'année prochaine car l'abstention est de 40%.

L'effet immédiat est cependant évident: Madame Merkel abordera affaiblie son rendez-vous avec Francois Hollande, mardi après-midi; ce qui ne veut pas dire qu'elle sera plus conciliante, au contraire: elle risque d'´être d´autant plus intransigeante qu' elle doit réaffirmer son leadership auprès de ses électeurs, conservateurs et âgés, pour qui il est impensable que l' Allemagne finance le laxisme des pays voisins. Madame Merkel a peu de marge de manoeuvre: le FDP s'est resfait une santé, en Rhénanie du Nord, en attirant les décus de Madame Merkel dans l'électorat actif. Pour gagner les élections en 2013, le chancelier allemand devra mobiliser les abstentionnistes mais ils se trouvent surtout dans les milieux populaires, qui ne se reconnaissent plus dans les Volksparteien, les partis naguère dotés d'une audience de masse que furent, jusqu'à la fin du XXè siècle les chrétiens- et les sociaux-démocrates.

On se trouve dans une situation paradoxale: au moment où la crise grecque est repartie de plus belle, où l' Espagne vacille et l' Italie ou la France se demandent quel sort vont leur réserver les marchés financiers, il n' existe plus de leadership européen. Le chancelier allemand, qui voit son autorité ébranlée à l' intérieur, doit apprendre à travailler avec un nouveau président francais, opposé à la rigueur; le peuple souverain s'est révolté en Grèce; les gouvernements européens tombent les uns après les autres.

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Jeudi soir dernier, j'ai eu le privilège d'entendre l'ancien chancelier Gerhard Schröder, qui donnait une conférence à Paris, devant un cercle restreint d'auditeurs. La conférence devait porter sur les moyens de sortir de la crise de l' euro. Et bien, Monsieur Schröder n'a parlé que de l'Allemagne. Il a vanté sa politique de réformes, regretté que les partenaires européens doivent appliquer cette même politique, indispensable, en pleine crise. Il n' a proposé aucun élément d' alternative aux politiques actuelles. Tous devraient faire comme l' Allemagne et l'évolution de la construction européenne est dans la transposition des institutions allemandes aux institutions européennes: le Parlement européen en Bundestag élisant le président de la commission devenue gouvernement. Le Conseil européen devenu un Bundesrat etc...En l'écoutant, on comprenait mieux que tout l´energie politique de Monsieur Schröder fut employée, durant de longues années, à amener le SPD à penser et agir comme le mainstream des élites européennes; quand il s'est mis à parler politique, c'est d'ailleurs la ligne qu' il a suggérée au nouveau président francais. Lorsqu' on a posé à M. Schröder la question de la sortie de la Grèce de l' euro, il s' est écrié que ce serait suicidaire pour Athènes: le pays dévaluerait mais ne fabriquerait rien d' exportable et devrait continuer à rembourser ses dettes en euro.

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Le plus intéressant dans une conférence de ce type, ce sont les sujets esquivés. M. Schröder s'est arrêté quand il commencait à reconnaître que l' Union risquait d' être bien impuissante si on avait affaire à une crise non plus grecque mais espagnole ou italienne. Mais alors pourquoi s' obstiner à faire comme si la solution pour l' Europe était dans "plus d'Europe" et "plus de modèle allemand"? M. Schröder pense comme quasiment toute la classe politique de son pays que la construction d' une Europe fédérale sur le modèle allemand a été et reste la seule manière de garantir la répétition des trois décennies terribles (1914-1945): guerres européennes, destruction de la monnaie et crime du fascisme. Beaucoup d'Européens pensent encore de même: après le déluge il n' y avait pas d' autre perspective pour l' humanité que la construction de la Tour de Babel; et, forcément, les constructeurs de Babel croient qu' ils vont réussir à construire la tour, au-delà du raisonnable.

Malgré la cacophonie européenne actuelle, espérons qu'il est encore temps d'arrêter les frais et de poser les bases d' une meilleure Europe: oeuvrant à un système monétaire mondial et où les peuples se sentent bien car une vraie subsidiarité y sera pratiquée.





Rédigé par Edouard Husson le Dimanche 13 Mai 2012 à 22:23 | Permalien Digg Del.icio.us Wikio Facebook Google Twitter LinkedIn Viadeo WikioEs
L'un de mes amis, qui s'apprêtait à voter François Hollande, me le disait, il y a quelques semaines, avec un grand sourire : « le système monétaire européen va connaître des secousses profondes. François Hollande aura été élu au bon moment, celui où toutes les contraintes imposées en 1983 vont éclater. En fait, ajoutait-il, nous allons vivre un 1983 à l'envers. »

Une telle idée est bien compréhensible venant de quelqu'un qui avait voté François Mitterrand en 1981. On se rappelle l'espoir suscité par l'élection de la gauche, derrière François Mitterrand, le 10 mai 1981, il y a 31 ans exactement. Puis, deux ans plus tard, est venue le la déception, pour beaucoup de militants de gauche, celle de l'alignement sur la politique de la monnaie forte préconisée par l'Allemagne. Après un cycle de trois décennies, l'une de "franc fort" et les deux autres de monnaie unique européenne, au moment où le peuple grec rejette majoritairement la politique d'austérité, où l'Espagne connaît une montée du chômage sans précédent, et où certains experts s'inquiètent pour le financement de la dette publique italienne ou française, il est possible de caresser l'espoir d'un éclatement du système, et du retour à toutes les marges de manoeuvre imaginables.

J'avoue cependant ne pas croire à ce scénario. Si l'on revient à 1981, il faut se rappeler un fait paradoxal : les marchés financiers ont rapidement sanctionné la politique de relance française, alors même qu'elle n'avait rien d'excessif en termes de dépenses publiques, mais parallèlement ils ont encouragé une autre politique de relance, celle-là menée dans des dimensions bien plus importantes, je veux dire le reaganisme. Contrairement à ce que beaucoup croient, la politique du président des États-Unis au début des années 1980, n'avait absolument rien de libéral. Il s'agissait d'une politique de réduction des dépenses sociales au profit de l'expansion des dépenses militaires ; on pourrait dire aussi le passage d'un keynésianisme du temps de paix à un keynésianisme militaire. Normalement, les marchés financiers auraient dû sanctionner la politique économique américaine beaucoup plus durement que la politique économique de François Mitterrand à la même époque. Mais il y avait une différence fondamentale : à la différence de la France, les États-Unis possédaient la monnaie de réserve internationale ; donc, contre toutes les règles de la théorie économique, le marché, non seulement, acceptait les immenses déficits américains mais il les encourageait car ils étaient l'occasion d'énormes placements financiers aux États-Unis.

On ne voit pas, aujourd'hui, que la situation ait véritablement changé. Elle s'est même aggravée. Dans la foulée de la politique des présidents républicains Nixon et Reagan, les États-Unis n'ont cessé, depuis 25 ans, de creuser leur déficit public grâce à la fabrication monétaire ou l'émission massive de bons du trésor. Même si la France se libérait du carcan monétaire européen, elle serait très vite confrontée à une sanction des marchés financiers si elle cherchait à reproduire la politique économique du début des années 1980, même dans une version atténuée. En effet, les marchés, les agences de notation, les créanciers du pays, seront d'autant plus intraitables avec la France qu'ils resteront laxistes avec les États-Unis. De plus, il se passerait une répétition des années 1968-1992 en Europe : une réévaluation régulière du deutsche mark considéré comme une monnaie refuge et un manque de confiance des investisseurs étrangers dans la stabilité monétaire française.

Ce n'est pas d'un 1983 à l'envers que nous avons besoin ; c'est du retour à une politique économique qui corresponde aux besoins du pays : on vante régulièrement le modèle allemand sans voir qu'il est la traduction économique d'un comportement social. L'Allemagne est un pays où les corps intermédiaires ont toujours été puissants et l'Etat, rarement unifié, le plus souvent faible. L'économie allemande peut se passer d'un État protecteur-elle peut même se payer le luxe de faire l'apologie d'une économie uniquement fondée sur les règles libérales de la concurrence- parce que le corps social allemand s'est doté depuis longtemps de nombreux mécanismes de protection. Les entreprises allemandes se regroupent dans des associations puissantes, qui permettent une profonde solidarité lorsque le les acteurs économiques du pays sont engagés à l'étranger, et qui expliquent la capacité d'adaptation régulière de l'économie du pays à l'environnement proche ou lointain. Les syndicats allemands, même s'ils ont perdu de leurs effectifs, sont bien connus pour leur cohésion et leur capacité à opposer un front uni, dans la modération, aux représentants du patronat. Si l'on décrivait dans le détail les corps intermédiaires allemands, il faudrait parler des associations étudiantes, des corporations de toutes sortes, des régionalismes, etc. L'Allemagne est un pays qui a longtemps découragé les investisseurs étrangers par les participations financières croisées entre les banques et le secteur industriel et qui sait aujourd'hui encore pratiquer avec virtuosité le patriotisme économique. Il est rare que les hommes politiques allemands affirment, à la manière française, une stratégie industrielle ; en revanche, le pays a su, avec une persévérance remarquable, imposer l'idée que son modèle ordo-libéral était le plus approprié au développement des institutions européennes et que la monnaie unique de l'Union devait répondre aux critères monétaires allemands. Autant on peut dire que le modèle économique allemand est admirable de flexibilité et de capacité de rebondissement depuis les années difficiles d'après réunification, autant on peut parier que l'Europe ne sortira pas de ses difficultés présentes tant qu'elle tentera d'appliquer le modèle allemand à l'ensemble de l'Union européenne.

Il est grand temps de revenir à ce qui fait la force de l'Europe. Chaque pays doit être en mesure de développer le modèle économique le plus conforme à son histoire, aux besoins de son corps social, de ses capacités d'innovation. Et tous ces modèles particuliers contribueront à la réalisation des objectifs européens communs car l'Europe est toujours forte de sa diversité. En France, la cohésion sociale est assurée, depuis des décennies, sinon des siècles, par l'engagement de l'État. C'est la politique qui a construit notre nation et non la langue, la culture ou la cohésion familiale comme en Allemagne. On peut, à juste titre, se plaindre de l'inefficacité fréquente de l'État français ; il serait en revanche absurde de ne pas chercher les moyens d'un nouveau type de pilotage du pays par un État réduit et rendu plus efficace.

L'Europe se portera mieux dès lors que la méthode délétère de la fuite en avant dans un pseudo-fédéralisme aura été remplacée par la seule union européenne réaliste : l'accord sur des objectifs ambitieux et le libre choix laissé à tous les membres de l'union quant aux moyens d'atteindre ces objectifs. La méthode dont je parle n'est pas une utopie. Je l'ai vu appliquer, durant trois ans, à la réforme des universités en France. Le gouvernement n'a pas cherché des constructions européennes compliquées, il s'est contenté de tout mettre en oeuvre pour se rapprocher des objectifs de Lisbonne concernant l'économie de la connaissance. Lorsque, pour la politique des investissements d'avenir, on a regardé ce qui s'était fait en Allemagne quelques années plus tôt, c'est un jugement critique qui a été porté : il s'est agi non seulement de reprendre certaines des réussites du programme d'initiative d'excellence allemand mais aussi d'éviter de reprendre ses erreurs-c'est ainsi qu'il a été décidé d'accorder aux universités d'excellence française non pas de l'argent consommable pendant cinq ans mais une dotation dont les intérêts aideraient à mieux calibrer les projets et serviraient à financer les projets de long terme. Je suis même convaincu que si le pays n'avait pas été partiellement paralysé par un système monétaire européen rigide, il aurait été possible d'investir encore plus et encore mieux qu'on ne l'a fait dans la reconstruction des universités françaises - au service d'une communauté européenne des étudiants et des universitaires européens

La formule du 1983 à l'envers est éminemment sympathique mais elle n'est pas adaptée aux intérêts de la France ni de l'Europe dans un monde qui connaîtra peut-être, d'ici à deux ans, l'éclatement du système euro, mais aussi l'emballement toujours plus incontrôlable de la politique monétaire américaine en même temps que la concurrence toujours plus redoutable des nouvelles puissances économiques d'Amérique latine ou d'Asie. Ce qu'il nous faut, ce sont des objectifs ambitieux pour l'Europe et un Etat français qui crée le cadre favorable à l'atteinte de ces objectifs.
Rédigé par Edouard Husson le Jeudi 10 Mai 2012 à 23:19 | Permalien Digg Del.icio.us Wikio Facebook Google Twitter LinkedIn Viadeo WikioEs
Les commentateurs l'affirment avec aplomb : François Hollande jouerait une partie de sa crédibilité dès le 16 mai 2012, lendemain de son investiture, puisqu'il se rend à Berlin pour y rencontrer le chancelier allemand, Angela Merkel. Essayons de ne pas nous précipiter dans les subtilités des réflexions des uns et des autres sur la croissance et la stabilité ; l'Union européenne va devoir affronter, inévitablement, dans les semaines et les mois qui viennent une accélération de la crise de l'euro et nous aurons, malheureusement, bien des occasions de revenir à l'analyse de la politique économique des différents pays européens. Si l'on veut réfléchir aux enjeux de la relation entre la France et l'Allemagne aujourd'hui, il faut commencer par faire de la politique.

On peut effectivement se demander si c'est une bonne chose qu'à peine investi le nouveau président français se rende immédiatement dans la capitale de l'Allemagne pour y rencontrer le chancelier de la République fédérale. Mais alors il faut pousser le raisonnement jusqu'au bout. Pourquoi le président français se rend-il à Berlin plutôt que de laisser venir le chef du gouvernement allemand à Paris ? Est-ce une bonne chose, si l'on veut peser sur la relation franco-allemande, que de visiter Berlin en premier plutôt qu'aller à Londres ou, mieux encore, à Rome et à Madrid, dans ces pays qui souffrent d'une politique monétaire globalement inadaptée? François Hollande, en mettant ses pas dans ceux de ses prédécesseurs, ne réduit il pas sa marge de manoeuvre ?

On peut même se dire que face à une situation économique où la marge de manoeuvre immédiate est réduite, il vaudrait mieux identifier les terrains où existe, pour la France, un espace de liberté. Avant que de confronter son point de vue à celui du chancelier allemand sur le terrain économique, il pourrait être utile de faire de la politique, au sens le plus noble du terme. Ce n'est pas seulement que François Hollande soit un président nouvellement élu ; c'est aussi le fait que tout préside français possède quelque chose dont est toujours dépourvu un chancelier allemand : le Président de la République française est élu au suffrage universel direct par l'ensemble des citoyens de la nation. Il en tire une force politique que n'aura jamais un chancelier allemand dans son propre pays. Le chancelier allemand est placé à son poste indirectement : il doit avoir été le chef de parti arrivé en tête à l'issue des élections générales; il est élu par une majorité parlementaire; il peut être défait par elle (dans un vote dit de défiance constructive). Les Allemands ne votent pas pour leur président de la république au suffrage universel - il est élu par un collège de grands électeurs et se tient loin de la politique quotidienne. N'est-ce pas un immense atout pour un président français ? Ne peut-on pas imaginer, que devant la gravité de la crise et les fractures de la société française le président laisse son premier ministre explorer les voies d'un compromis avec l'Allemagne : après tout, premier ministre et chancelier, c'est un poste de même rang. Dans un deuxième temps, il sera toujours opportun, pour le Président d'affirmer son autorité en proposant des solutions aux questions éventuellement non résolues entre le Chancelier allemand et le Premier Ministre français.

Agir ainsi permettrait de garder la main politiquement et d'aborder dans de meilleures conditions les négociations économiques. On objectera qu'en ne se rendant pas à Berlin immédiatement le président français enverrait un signe négatif aux marchés. En fait, l'argument ne tient pas, parce que la politique économique envisagée par François Hollande est une politique de centre-gauche là où Nicolas Sarkozy menait une politique économique de centre-droit. Il y aura globalement continuité dans les options politiques choisies : et, de fait, Nicolas Sarkozy a su arracher un certain nombre de concessions à une partenaire allemande qui s'est résolue à contrecoeur à autoriser le financement d'un sauvetage de l'euro. Les enjeux sont donc ailleurs: il s'agit de créer un choc dans l'opinion publique nationale et internationale et de prouver que la politique européenne peut faire preuve de souplesse et qu'on est capable d'y changer les méthodes. Cela passe beaucoup par la politique et le maniement des symboles. Prendre son temps, affirmer une certaine distance, liée à la fonction, serait de bonne politique, créerait une attente chez le partenaire politique et pourrait aussi séduire les marchés, qui ont autant besoin de savoir qu'un leadership politique s'affirme que de suivre dans le détail les variations de la politique économique, qui sera, au moins au début, peu différente de celle du prédécesseur.

On dit que l'opinion espagnole a été choquée de la manière dont Nicolas Sarkozy évoquait, durant sa campagne, l'Espagne comme un repoussoir, l'exemple de la politique économique (sous Zapatero) qu'il ne fallait pas mener. Et bien pourquoi ne pas rendre visite, d'abord, à Madrid, pour affirmer la solidarité profonde du peuple de France avec le peuple d'Espagne? Et puis, s'il s'agit d'inspirer la confiance aux investisseurs, pourquoi ne pas se rendre aussi, avant d'aller à Berlin, à Rome où le gouvernement de M. Monti tâche de remettre l'économie à flot. Une autre façon de faire, dans le même esprit, consisterait à convoquer un mini-sommet européen à Paris et d'y avoir des entretiens en tête à tête avec plusieurs chefs de gouvernement, non avec le seul chancelier allemand.

On voit que dès qu'on se remet à faire de la politique en Europe, le champ des possibles s'ouvre: il s'agit, progressivement, d'affirmer une autorité tranquille à Paris, qui ne s'en laisse pas ...compter...par Berlin.

Rédigé par Edouard Husson le Jeudi 10 Mai 2012 à 00:22 | Permalien Digg Del.icio.us Wikio Facebook Google Twitter LinkedIn Viadeo WikioEs
Le 9 mai nous fêtons les 62 ans de l'Europe schumanienne: l'âge où prendre une retraite bien méritée. Le modèle des "pères fondateurs" n'est plus en phase avec l'époque actuelle. Je me contenterai de défaire quelques idées reçues. il nous faudra, dans les semaines et les mois qui viennent, revenir souvent sur le sujet de savoir ce qui vient après l'Union européenne.

1. L'Union européenne, qui était un des moyens trouvés par les Européens épris de paix, après 1945, pour reconstruire la partie occidentale du Continent, est devenue, avec les années, une fin en soi, au risque d'empêcher les Européens de voir comme le monde évoluait autour d'eux.

2. Si l'on est plus précis, l'Union Européenne est devenue aujourd'hui le projet de la partie la plus âgée et la plus aisée du continent. Elle n'intéresse plus les jeunes - dont l'horizon est le "village global" en même temps que la précarité de l'emploi- et elle est perçue comme une source de ségrégation économique et sociale par les plus pauvres, en aucun cas une protection dans la mondialisation.

3. L'Union européenne assure une rente de situation permanente à l'Allemagne: depuis une décennie elle a absorbé en moyenne les deux tiers des exportations allemandes chaque année. La vertu tant vantée des épargnants/investisseurs/exportateurs allemands s'est appuyée sur les dépenses publiques et le consumérisme des voisins de l'Allemagne. Aujourd'hui que l'on demande à tous les pays de l'Union de se serrer la ceinture, l'Allemagne a beaucoup à perdre puisqu'elle perd la capacité d'absorption de ses exportations par ses voisins et partenaires les plus proches.

4. L'euro fut une réponse approximative et grossière aux enjeux de la mondialisation. Aux fiat currencies nationales on a substitué une fiat currency européenne; à première vue ce fut un progrès puisque les principes allemands de bonne gestion monétaire ont présidé à la naissance de la monnaie unique. En fait il s'est agi largement d'un coup d'épée dans l'eau puisque l'euro a contraint les Européens sans contraindre les Etats-Unis à revenir à la discipline monétaire. Les attaques contre l'euro, depuis des mois, sont rendues possibles par les énormes masses financières que crée le quantitative easing américain.

Quelle place pour le continent européen dans le monde de 2020? Peut-on faire renouer les sociétés, en particulier les plus jeunes et les plus pauvres en leur sein, avec l'idéal de coopération approfondie entre Européens? L'Allemagne va-t-elle faire preuve, dans les mois et les années qui viennent, de plus de solidarité européenne? Comment passer de la guerre entre le dollar, l'euro, le yen et le yuan à un nouvel ordre monétaire international? Telles sont les questions qui devraient accompagner la commémoration du 9 mai. Tels sont les défis que doit relever le nouveau président français. Ils ne peuvent plus être pensés dans le cadre bien désuet de l'Europe schumanienne.
Rédigé par Edouard Husson le Mardi 8 Mai 2012 à 23:46 | Permalien Digg Del.icio.us Wikio Facebook Google Twitter LinkedIn Viadeo WikioEs
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