Le Blog d'Edouard Husson

Affaiblissement des Etats-Unis et recherche d'un nouvel équilibre du monde



James Comey, le directeur du FBI, voudrait-il faire gagner Donald Trump, il ne s'y prendrait pas autrement. La montagne de soupçons surgie il y a dix jours accouche, l'avant-veille de l'élection, d'une souris, "Finalement, circulez! Il n'y a rien à voir". De quoi déboussoler un peu plus l'électorat américain et délégitimer, si cela est encore possible, Hillary Clinton, si son élection était annoncée dans les prochains jours. Comment Madame Clinton pourra-t-elle, en effet, écarter l'idée que, dans les coulisses de l'élection, a lieu un bras de fer entre le Département de la Justice et le FBI, dont les têtes sont actuellement de bords politiques opposés? Et que, provisoirement, sa famille politique, qui tient les leviers de l'exécutif, l'a emporté? En fait, la probabilité que la palinodie de James Comey ajoute au rejet du système et donne à des électeurs classiques du parti républicain, encore hésitants, une raison d'aller voter Trump n'est pas mince. 

Les Etats-Unis ont donc le choix entre une présidente démocrate qui pourrait finir plus mal que Nixon et le retour au slogan "America First", au risque d'ajouter encore un peu plus au sentiment que ce grand pays n'est plus capable d'assumer ses responsabilités mondiales. Certains s'en réjouiront. Tant d'arrogance affichée depuis 1989: les Etats-Unis ont cru qu'ils avaient gagné la Guerre froide alors que c'est la sagesse de l'URSS qui a mis fin à l'escalade mortifère de la "destruction mutuelle assurée" par l'empilement des armes nucléaires. Ils ont continué à déverser sur le monde des dollars valant de moins en moins et tenté de s'ouvrir à coup de missiles des zones récalcitrantes à leur influence. Une génération plus tard, ce système est à bout de souffle et même marche sur la tête: rien ne dit mieux le déboussolement des esprits que la théorie de la conspiration qui s'est emparée du parti démocrate et d'une partis des médias: ils voient Poutine derrière le moindre obstacle à l'élection d'Hillary Clinton. 

Cela fait longtemps que les dirigeants européens ont renoncé à être, vis-à-vis de leurs cousins américains, des interlocuteurs exigeants autant que bienveillants. Mais il suffit de parcourir les médias du reste du monde, en particulier ceux d'Asie (vive Internet et l'existence d'une langue universelle, l'anglais! :) ) pour voir le mélange d'effarement et d'appréhension qui règne dans les pays qui comptent: il va falloir, beaucoup plus vite que prévu, inventer un nouveau gouvernement des affaires internationales. Dans les années 2000, la Russie, la Chine, l'Inde, le Japon avaient misé sur une évolution lente vers un partage des responsabilités par les Etats-Unis avec des grandes puissances établies ou émergentes. Et c'est largement dans cette logique que s'est placé Barack Obama, à qui on devra, en particulier, d'avoir trouver une solution au conflit avec l'Iran. Mais il apparaît qu'Obama n'a pas de successeur au parti démocrate: Hillary Clinton, présidente, n'aura pas seulement du mal à sortir de sa rhétorique anti-russe; qui voudra traiter sérieusement avec un interlocuteur qui ne respecte pas les règles élémentaires de la sécurité informatique? Quant à Trump, si c'est lui, il lui faudra du temps pour reconnaître, après avoir tant vilipendé Obama, que ce dernier a mené la seule politique étrangère adaptée au déclin de la puissance américaine. 

Après le siècle des empires, qui avait débouché sur la brève affirmation du dernier empire ayant survécu aux deux guerres mondiales, celui de Washington, nous voici entrés dans une nouvelle phase d'équilibre des puissances. C'est le balancier de l'histoire. Les empires sont destructeurs et causent des guerres permanentes; quant à l'équilibre des puissances, il ne peut procurer la paix et le commerce entre les peuples qu'à condition d'un socle de valeurs communes aux puissances qui le régulent. Nous ne pouvons être rassurés pour les décennies qui viennent: Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Allemagne, Russie, Turquie, Iran, Inde, Chine, Japon, Indonésie, Brésil, Afrique du Sud, Egypte, les pays destinés à exercer le directoire des affaires du monde, sont loin de parler la même langue politique - en particulier parce que l'Europe a renoncé à ce qui fut son rôle pacificateur durant la Guerre froide: modérer les Etats-Unis et inclure la Russie.  

Quel que soit le résultat de l'élection américaine nous assisterons à une accélération de la perte d'influence de Washington. Si les dirigeants européens s'appelaient De Gaulle, Brandt, Thatcher ou Gorbatchev, on pourrait imaginer que l'Europe pallie toujours plus le déclin américain. Mais nous voilà devant une autre faille du système international: l'Europe ne s'incarne plus dans ses institutions fédérales et aucun de nos pays ne possède de gouvernant dont l'autorité politique et morale puisse montrer la voie d'un nouveau rayonnement européen. Avec des Etats-Unis déboussolés, une Europe inexistante, un Moyen-Orient instable et profondément divisé entre sunnites et chiites, entre turcophones, arabophones et persophones, une alliance sino-russe largement négative (garantie contre les embardées américaines), une Inde qui restera absorbée pour longtemps par la recherche d'équilibres internes, un Japon rongé par le vieillissement de sa démographie etc.... il faudra du temps, beaucoup de temps, pour qu'émerge une nouvelle organisation du monde, favorisant le commerce entre les individus, le dialogue des civilisations et la richesse des nations.   

Lundi 7 Novembre 2016
Edouard Husson


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