|
Inscription à la newsletter
|
Burke ou Spengler
En pleine première guerre mondiale, Oswald Spengler, dans le Déclin de l'Occident, dressait un constat: l'Occident s'était engagé dans une violence qui n'avait d'éauivalent historique que celle des guerres de la République romaine. Mais loin de désapprouver la guerre des peuples, Spengler y voyait une fatalité, un destin inéluctable, la réalisation de la culture occidentale. La montée de la rationalité, de la vie urbaine, du règne de l'argent entraînaient l'Occident dans une violence toujours plus grande. A la culture profonde des années 1000-1800 se substituait progressivement la civilisation superficielle, mère de l'impérialisme. Elle finirait, vers 2000-2100 par la victoire finale des financiers les moins scrupuleux, les émules modernes de Jules César.
Plein d'aperçus saisissants, le texte de Spengler promettait à l'Allemagne qu'elle réaliserait le césarisme "occidental". Même si le philosophe allemand s'est trompé sur ce point, cela n'enlève rien à la puissance de ses analyses. Les Etats-Unis réalisent aujourd'hui le destin que Spengler promettait à sa patrie. Ou du moins, ils tendent à le réaliser. Car il est bien imaginable que "l'être-pour-la mort" de la civilisation occidentale ne se réalise pas. Il suffit, pour cela, que nous ne nous convainquions pas nous-même que la financiarisation absolue de l'économie, le triomphe de l'individualisme total et le règne d'une puissance impériale n'ont rien d'inéluctable. L'une des caractéristiques de la philosophie allemande est la double faculté de discerner la violence dans l'histoire et de postuler la nécessité d'adhérer à cette logique de violence. Mais si nous pensions et pratiquons le contraire de ce que nous promet Spengler? Si nous résistions aux forces de la mondialisation américanocentrée pour rester fidèle à l'ordre libéral, fragile mais réel, qui a permis à l'Occident la fécondité des années 1650-1900? Si nous pensions que la liberté peut se marier avec la tradition, que l'économie de marché ne peut se réaliser que dans le respect de règles intangibles, que la modernité n'empêche pas forcément la fidélité au christianisme dont est né notre culture ? Le présent site entend prendre la suite des grands penseurs de l'ordo-libéralisme. En fait de la tradition thomiste. Ce qu'on appelle aujourd'hui "néo-libéralisme" est en fait un anarcho-capitalisme. L'individualisme absolu entend triompher, pour accomplir un destin commencé avec le nominalisme de Guillaume d'Ockham. Face à l'individualisme absolu, l'attitude appropriée ne consiste pas à se réfugier dans une pensée holiste ni une pratique collectiviste; mais de renouer avec le grand courant de pensée "réaliste", l'analyse aristotélicienne et thomiste. Qu'Edmund Burke préside à notre réflexion. Le grand calomnié de l'histoire de la pensée, en tout cas en France. Libéral au sens le plus authentique de ce terme, Burke est pourtant le plus souvent, en particulier en France, rangé dans la catégorie des contre-révolutionnaires. Parce qu'il a décrit, dans ses Réflexions sur la révolution française, comment une liberté qui nie la tradition, un parlementarisme qui n'est pas enraciné dans une souveraineté réelle mais imaginaire, un régime qui détruit la monnaie en substituant l'étalon-papier à l'or, une propriété mal acquise ont plombé dès l'origine le grand élan vers la liberté de 1789, Burke est rangé du côté des réactionnaires. Lui le défenseur de la Glorieuse Révolution de 1788 et de l'indépendance américaine de 1783! Suivant les intuitions du grand libéral britannique, il a été possible, en 1814-1815, de stabiliser l'ordre libéral pour un siècle encore. Avant que les démons qui avaient mis la France à l'Europe à feu et à sang ne ressurgissent, bien plus virulents, si cela était possible, et ne plongent l'Europe et le monde dans les horreurs des années 1914-1945. A la veille de 1914, l'ordre libéral tendait à s'imposer à toute l'Europe et à sa fille, l'Amérique. La déconfessionalisation des Etats, l'enracinement des souverainetés dans le parlementarisme, l'équilibre des puissances, l'étalon-or, une économie à la fois ouverte et dotée de mécanismes régulateurs étaient quelques-unes des composantes de cet "ordre libéral". Le nationalisme a convaincu les peuples de se jeter les uns sur les autres et de détruire l'ordre libéral. Le socialisme s'est imposé à la faveur de l'économie de guerre. Ces deux grandes idéologies ont rendu impossible la reconstruction de l'ordre libéral en 1918. En 1945, si le nationalisme avait été maîtrisé, différentes formes de socialismes ont empêché de rebâtir une économie de liberté. La réaction contre la social-démocratie, qui est partie du monde anglo-saxon dans les années 1970 était condamnée d'avance. Soit qu'elle eut conservé les postulats nominalistes de ses adversaires comme en Angleterre, où Madame Thatcher a choisi le monétarisme plutôt que le retour à l'étalon or; soit qu'elle acceptât de coexister avec le keynésianisme militaire aux Etats-Unis. Sans tous les cas, plutôt que le thomisme d'un Hayek, on a préféré le nominalisme d'un Milton Friedman. Les Etats du bloc soviétique, une fois libérés en 1989, n'ont eu le choix qu'entre la social-démocratie ouest-européenne ou l'anarcho-capitalisme anglo-américain. Sur le présent site, on s'efforcera de retrouver l'inspiration qui fut celle des inspirateurs de l'ordre libéral européen: Saint Thomas d'Aquin, Nicolas Oresme, le cardinal de Richelieu, Burke, Tocqueville, Röpke, pour n'en citer que quelques-uns. Vendredi 20 Octobre 2006
Edouard Husson
Lu 945 fois
Dans la même rubrique :
Un gros oubli de l'Atlas du Monde diplomatique - 07/04/2009Aux origines du scandale Williamson - 08/02/2009L'esprit de Nicolas Oresme - 26/10/2007Un excellent livre d'Eric Laurent - 11/10/2007Les causes de la chute du dollar - 08/12/2006Francis Fukuyama - 21/08/2006Les vrais chiffres du commerce extérieur allemand - 14/08/2006Cours/ Teaching | Les Caractères | Chronique | Modern History | Le système monde/Global Studies | Letter from Paris | Auteurs invités | Bibliothèque/Library | curriculum vitae | Agenda | Arts, Humanities and Social Sciences | Ancient History | Vice-Chancellerie | Le monde des universités/ The World of Universities |
|
Cours/ Teaching














