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Des Etats-Unis


Comme tous les empires, les Etats-Unis se sont crus longtemps invincibles. Les coups portés par une poignée de terroristes le 11 septembre 2001 les ont fait douter. Le degré de violence déployé en Afghanistan puis en Irak révèle la peur qu'ils ont soudain éprouvée devant leur propre vulnérabilité.

Les Etats-Unis ont atteint le sommet de leur puissance sous Eisenhower. Depuis, ils ne cessent de décliner, comme le dollar, et les Américains proclament d'autant plus fort leur supériorité que leur pays perd en puissance réelle.

Hier, je suis allé voir mon banquier. Je lui ai proposé que, désormais, j'aie droit à un découvert illimité. J'ai ajouté que si cela lui posait un problème, il suffisait qu'il demande aux autres clients de l'agence de couvrir mes dépenses. Comme il me prenait pour un fou, je lui ai demandé pourquoi la première puissance du monde avait le droit de se comporter ainsi et pas moi.

+++ est le centre de recherches en histoire contemporaine le plus magnifique du monde dans son domaine. On y trouve des conditions de consultation des documents dont on rêverait ailleurs. J'y ai un droit de recopier, sans restriction et sans débourser un cent, des documents rassemblés du monde entier. Je viens d'apprendre qu'une Fondation publique francaise avait financé toutes les copies de documents effectuées en France.









On pouvait savoir à l'avance que les Etats-Unis perdraient les guerres d'Afghanistan et d'irak. L'histoire des empires est celle d'une monotone répétition des mêmes erreurs sur des millénaires.

"Va-t-en, chétif insecte, excrément de la terre!"
C'est en ces mots que le lion
Parlait un jour au moucheron.
L'autre lui déclara la guerre.
"Penses-tu, lui dit-il, que ton titre de roi
Me fasse peur, ni me soucie?
Un boeuf est plus puissant que toi,
Je le mène à ma fantaisie."
A peine il achevait ces mots
Que lui-même il sonna la charge,
Fut le trompette et le héros.
Dans l'abord, il se met au large;
Puis prend son temps, fond sur le cou
Du lion, qu'il rend presque fou.
Le quadrupède écume, et son oeil étincelle;
Il rugit, on se cache, on tremble à l'environ;
Et cette alarme universelle
Est l'ouvrage d'un moucheron.
Un avorton de mouche en cent lieux le harcèle,
Tantôt pique l'échine, et tantôt le museau,
Tantôt entre au fond du naseau.
La rage se trouve alors à son faîte montée.
L'invisible ennemi triomphe, et rit de voir
Qu'il n'est ni griffe ni dent en la bête irritée
Qui de la mettre en sang ne fasse son devoir.
Le malheureux lion se dirige lui-même,
Fait résonner sa queue à l'entour de ses flancs,
Bat l'air, qui n'en peut mais; et sa fureur extrême
Le fatigue, l'abat; le voilà sur les dents.
L'insecte du combat se retire avec gloire:
Comme il sonna la charge, il sonne la victoire,
Va partout l'annoncer, et rencontre en chemin
L'embuscade d'une araignée:
Il y rencontre aussi sa fin.
Quelle chose par là nous peut être enseignée?
J'en vois deux, dont l'une est qu'entre nos ennemis,
Les plus à craindre sont souvent les plus petits;
L'autre, qu'aux grands périls tel a pu se soustraire
Qui périt pour la moindre affaire

(Jean de La Fontaine, Fables, II, 9)


En Irak et en Afghanistan, les soldats américains ne pourraient rester si on leur enlevait l'air conditionné de leurs casernements.

Un empire se légitime toujours aux yeux du monde, et devant lui-même, en présentant son action comme l'accomplissement d'un destin inéluctable.

Quand un empire voit un autre s'écrouler, il se sent renforcé. Les Américains n'ont retenu que l'échec de l'Union Soviétique en Afghanistan. Ils n'en ont pas tiré de lecon plus générale. Voyant l'empire communiste moscovite s'effondrer quelque temps après, ils ont été définitivement convaincus de l'hégémonie de leur pays. En fait, l'ecroulement de l'Empire soviétique a été pour Washington le début de la fin: les Etats-Unis n'avaient plus d'ennemi pour justifier leur politique impériale.

L'ennemi inventé de la guerre contre la terreur est une ficelle trop grosse pour convaincre longtemps. Il n'y a que les dirigeants occidentaux pour s'accrocher à cette fable.

Le Cardinal de Richelieu disait, à propos de l'Espagne des Habsbourg, qu'il se méfiait de ceux qui arrivaient "le chapelet dans une main, une épée dans l'autre". La politique francaise ferait bien de s'en souvenir.

Les Américains ont acquis une totale bonne conscience après les répressions soviétiques de Budapest et de Prague. Cela leur a permis d'oublier que les Etats-Unis s'étaient comporté de la même facon, en Amérique latine et ailleurs, depuis le XIXè siècle.

Les méfaits de l'Union soviétique continuent aujourd'hui encore à masquer ceux des Etats-Unis. je ne vois pas ce qui permettrait de justifier le coup d'Etat contre Mossadegh en 1953 et celui contre Arbenz en 1954 lorsque l'on condamne l'intervention en Hongrie de 1956. Je ne fais pas de différence entre l'intervention au Chili de 1973 et celle d'Afghanistan de 1979 - sauf que l'URSS n'a jamais rien entrepris au Chili contre les Etats-Unis alors que ceux-ci ont tout fait pour se substituer à l'URSS en Afghanistan.

"Nous sommes en guerre avec les Etats-Unis" confiait Francois Mitterrand peu avant sa mort. Lucidité tardive et chuchotée, restée d'autant plus sans effet que toute la politique des années 1981-1995 fut un abaissement devant les Etats-Unis.


J'écoutais parler des historiens qui classaient les conseillers et ministres d'un président américain en idéologues et réalistes. Lorsque j'entendis *** être classé parmi les réalistes, il me revint cette épisode en tête. *** était l'invité d'un président latino-américain; il tentait de le convaincre d'accepter une ouverture totale de son pays aux marchandises et aux capitaux des Etats-Unis. Le président hôte avait résisté jusqu'au dessert. Alors *** se leva et lui dit: "Vous accepterez nos conditions ou nous vous ferons pisser le sang".


Lorsque j'envisage les présidents américains depuis Eisenhower, je n'en vois aucun qui n'ait abusé à un moment ou un autre de la puissance des Etats-Unis. Je n'en vois non plus aucun qui soit totalement critiquable. George W. Bush s'est opposé á l'eugénisme de retour dans les sociétés occidentales.

Vous aurez beau noircir la mémoire de John Kennedy, cet homme qui croyait que de par la fortune de sa famille tout lui était dû, vous devrez lui laisser son sang froid et son intelligence lors de la crise de Cuba.


Les Etats-Unis sont une nation religieuse. Ils ne croient qu'à la diffusion des croyances et, partant, à celle des marchandises et des capitaux. Ils sont incapables d'accepter la réalité des sphères d'influence.

C'est la foi des Américains qui permet aux Etats-Unis de décliner lentement.

Les Européens sont devenus incapables de comprendre comment les Américains se ressourcent dans l'Evangile.

Monsieur Brown s'est converti au christianisme après une cure de désintoxication. Il est à présent persuadé que tout ce qu'il entreprend est béni par Dieu. Monsieur Brown est Américain.

L'absence de l'Etat de la régulation du travail et des rapports sociaux serait insupportable en Europe. Elle est équilibrée aux Etats-Unis par l'engagement de toutes les confessions chrétiennes au service des pauvres et des démunis.

Les Francais sont incapables de regarder les Etats-Unis tels qu'ils sont. Il leur faut soit les détester soit les idolâtrer. Les Francais critiquent souvent les Etats-Unis ou les portent au pinâcle pour de mauvaises raisons.

Si vraiment la France ne représentait rien dans le monde, les Américains n'auraient pas maudit aussi bruyamment l'opposition de Paris à la guerre de 2003 contre l'Irak.

Le dernier soutien inconditionnel de la politique des Etats-Unis est un Francais. il est président de la République.

Narcisse est un intellectuel parisien. Il part demain aux Etats-Unis, pour écrire un livre, en suivant les traces d'Alexis de Tocqueville. "C'est bien. Il aura le temps le temps de feuilleter La Démocratie en Amérique dans l'avion", me déclare quelqu'un qui le connaît.

Les faiseurs d'opinion francais sont incapables de comprendre pourquoi un candidat à l'élection présidentielle américaine qui dit respecter l'Europe, a l'air de la connaître et en partage apparemment l'areligiosité a peu de chances d'être élu.

Les plus enragés des américanolâtres d'aujourd'hui étaient maoistes en 1970.

Je me rappelle encore, il y a quelques années, ces distributeurs automatiques de billet d'une grande banque francaise où le vide central du chiffre zéro avait la forme d'un S, symbolisant un dollar.

Les banquiers et les grands entrepreneurs francais n'ont que le modèle américain à la bouche. Mais aucun d'eux ne prendra le risque de prêter de l'argent à un individu de vingt ans qui a une idée et veut fonder une entreprise.

Il n'y a qu'un libéral francais pour croire au libéralisme économique des Etats-Unis. - Non, il se trouve en compagnie de toute la gauche altermondialiste.

Bien des commercants francais apprendraient le commerce avec leurs clients si on les envoyait faire un stage aux Etats-Unis.

Je laisse un pourboire dans un restaurant américain. La serveuse me rapporte une nouvelle édition de la facture. Je comprends que je n'ai pas donné assez. Elle me la rapporte une nouvelle fois: cette fois-ci j'ai donné trop.



Qu'est-ce qu'une démocratie ou la moitié de la population ne vote plus?

Les Etats-Unis sont un pays où l'on peut être élu président avec les voix de 20% des électeurs inscrits.

Les Américains n'ont jamais aussi peu gagné qu'aujourd'hui pour la somme de travail qu'ils fournissent.


Mardi 5 Août 2008
Edouard Husson
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