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L'Allemagne s'adapte à la nouvelle donne géopolitique




Lundi 22 -Mardi 23 juin 2009 - Vers une reconduction de la Grande Coalition?

Intéressante réunion organisée par Hans Stark et le Cerfa (Centre d'Etudes des Relations Franco-Allemandes, www.ifri.org) sur les élections européennes afin de déterminer dans quelle mesure elles annoncent ce qui se passera en septembre prochain, lors des élections au Bundestag. Or les experts de l'opinion allemande rassemblés ont exprimé leur scepticisme quant à la possibilité de prolonger les tendances de l'élection européenne pour anticiper sur ce qui va se passerau début de l'automne en Allemagne. Premier élément essentiel, la faiblesse de la participation, de 40% comme en France - sauf dans les régions où avaient lieu, le même jour, une élection municipale, et où environ 50% du corps électoral s'est déplacé. Deuxième élément: la CDU, à 37%, a perdu sept points par rapport à l'élection européenne précédente, tandis que le SPD restait stable, à 21%, un score qui ne l'avait pas empêché, il y a quatre ans, de rejoindre la CDU/CSU autour de 34% lors des élections législatives. Malgré le "bonus Merkel" et l'absence de charisme de Franz Steinmeier, le candidat du SPD à la chancellerie, les pronostics sérieux tablent sur une capacité du SPD à mobiliser d'ici septembre et sur un score vraisemblablement serré entre les deux partis de l'actuelle Grande Coalition. le point sur lequel les spécialistes allemands des sondages sont d'accord, c'est l'impossibilité pour les trois autres partis - FDP, Verts, Die Linke - de recueillir beaucoup plus que 10% des voix. Il est donc plus que probable, pour eux, qu'avec une CDU qui fera moins de 37%, il n'y aura pas de majorité conservatrice-libérale mais plustôt une reconduction de la Grande Coalition.
Les classes moyennes sont fragilisées, l'audience des deux "grands partis" se réduit. Ils ne semblent pas avoir d'autre perspective que de gouverner ensemble car ni une coalition chrétiens-démocrates/libéraux/Verts ni une coalition sociaux-démocrates/Verts/ Die Linke ne semblent réalisables aujourd'hui. Peut-être le seul élément d'alternative à la Grande coalition est-il une coalition Libéraux/Verts/SPD. Mais le SPD ne peut pas l'annoncer sans risquer d'aliéner ce qui lui reste d'électorat populaire.


Mercredi 24-Jeudi 25 juin 2009 Une révolution géopolitique a commencé

Comment ne pas revenir sur la révolution géopolitique qui a commencé la semaine dernière, à Ekaterinbourg? L'Organisation de Shangaï (la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizstan, l'Ouzbékistan et le Tadjikistan) a commencé d'envisager la création d'une monnaie commune de règlement des transactions commerciales au sein de la zone. Réunis parallèlement par la Russie et la Chine, le BRIC ( Brésil, Russie, Inde, Chine) a renchéri sur la nécessité de mieux réguler les relations financières internationales et de voir émerger de nouvelles monnaies de réserve officielles, à côté du dollar. La presse allemande est très sobre, pour commenter ces deux rencontres. La tonalité générale consiste à expliquer que la Russie et la Chine cherchent les moyens de contenir les effets de la crise sur leur économie. S'en tenir là, ce serait cependant ne pas voir le retournement qui se produit par rapport à septembre 2001. Les Etats-Unis apparaissaient tout puissants en Asie Centrale; et Vladimir Poutine avait soutenu la "guerre contre le terrorisme", y compris si cela signifiait accepter des bases américaines dans la zone d'influence russe. Huit ans plus tard, les Etats-Unis sont toujours plongés dans la guerre d'Afghanistan; et la Russie agit de concert avec la Chine sans consulter les Etats-Unis. Ces derniers ont en vain tenté d'être invités à Ekaterinbourg, au moins à titre d'observateurs. La Russie et la Chine se sont permis d'accorder leur soutien à Ahmadinejad en plein sommet. Le coup le plus spectaculaire est d'avoir associé le Brésil et l'Inde à la réunion d'Ekaterinbourg. A présent, presque la moitié de la population de la planète réclame un nouvel ordre monétaire et financier international. Les Etats-Unis n'auront pas d'autre choix que de répondre à l'invitation qui leur sera adressée maintenant qu'une position commune a été élaborée.

Vendredi 26-Samedi 27 juin 2009 - Madame Merkel s'adapte à la nouvelle donne géopolitique mondiale

Le chancelier allemand est aux Etats-Unis. Madame Merkel imagine un triangle géopolitique Etats-Unis-Europe-Russie. Comme la Russie est au coeur de l'Organisation de Shangaï et du BRIC et qu'elle participe au G8, Moscou est désormais au centre de la géopolitique mondiale. Vingt ans après le début du démantèlement de l'Empire soviétique (on fête ce samedi le vingtième anniversaire de la réouverture de la frontière entre l'Autriche et la Hongrie en 1989), la Russie est à nouveau une puissance.
Madame Merkel avait, la fin de semaine dernière, beaucoup critiqué le pouvoir iranien. A Washington, elle a modéré ses propos, non seulement parce que des représentants de l'industrie allemande le lui ont demandé mais à cause de la ligne politique suivie par Barack Obama, qui ne veut pas d'un soutien trop affiché aux manifestants iraniens, de peur d'aggraver la répression contre eux.
Quand on observe sans passion l'élection iranienne, on comprend bien que le pays est profondément divisé entre des classes moyennes et supérieures éduquées et plus urbaines, qui aspirent à la démocratie et les couches populaires, autant rurales qu'urbaines, maintenues dans la pauvreté par l'isolement de l'économie du pays. Même s'il y a eu de la fraude, il semble bien que le rapport de force électorale entre Moussavi et Ahmadinejad soit essentiellement un rapport de force sociologique. L'Occident n'a pas intérêt à provoquer la guerre civile en Iran, sauf à renier ses propres principes.
La situation de l'Iran fait penser à celle du Vénézuela où Chavez s'appuie sur 60% de la population en bloquant l'aspiration au pouvoir des 30% les plus riches et les mieux éduqués. Si la Chine et la Russie soutiennent Ahmadinejad, c'est que leur pouvoir est au fond actuellement bâti sur le même clivage: s'appuyer sur la "dictature du peuple" et contenir les classes moyennes émergentes

Lundi 29 Juin 2009
Edouard Husson
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