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L'esprit de Nicolas Oresme
Pourquoi mettre les pages que vous pourrez consulter ici sous le patronage de Nicolas Oresme? Qui se souvient que cet auteur du XIVè siècle a légué à la postérité un Traité sur l'usage de la monnaie ? Qui est prêt, aujourd'hui, à accepter l'idée qu'il existe un ordre naturel, une loi du réel que l'on ne peut mépriser sans que les faits se vengent. Lorsque Hans Tietmeyer, l'ancien président de la Bundesbank cite Oresme, il croit nécessaire d'ajouter qu'il faut le lire en faisant abstraction des considérations "médiévales" sur la "loi naturelle".
Et pourtant, tout ce que l'Occident a construit de solide repose sur la philosophie médiévale et son amour du réel créé, sorti des mains de Dieu. Notre modernité est fragile parce qu'elle a oublié que la liberté doit s'enraciner dans l'intelligence du réel. Elle s'évapore lorsqu'elle dépend des caprices d'individus qui sont censés choisir les valeurs qui guident leur vie. La liberté économique actuelle périra étouffée sous des tonnes de monnaie de papier, d'autant plus dévaluées qu'elles seront plus nombreuses, à moins que l'on revienne à la loi naturelle de la monnaie, qu'Oresme a le premier décrite, celle du bimétallisme. Mais la monnaie n'est qu'un exemple. C'est dans tous les domaines de la vie individuelle et collective qu'il faut réapprendre à raisonner comme Oresme. Et c'est ce que nous nous efforçons de faire dans les pages qui suivent. Nous proposons une redécouverte des fondements de la liberté individuelle et des conditions de la vie en société. Nous serons résolument thomistes, aristotéliciens, réalistes (et non nominalistes ou idéalistes) pour porter à leur terme les plus belles aspirations de la modernité, pour en écarter les fruits ambigus ou pervers. L'Occident a cru, depuis 1990, que la chute du collectivisme communiste justifiait l'individualisme absolu auquel il s'adonne depuis 1968. Mais l'individualisme non tempéré par le respect du lien social qui est intrinsèque à la nature humaine ne peut que conduire à de nouveaux collectivismes. C'est parce que nous aimons la liberté par-dessus tout que nous proposons ici une pensée aussi antiindividualiste qu'anticollectiviste. Vendredi 26 Octobre 2007
Edouard Husson
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