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Madame Merkel va utiliser la nécessité de "consolider l'euro" pour rasseoir son autorité politique


La crise grecque occupe beaucoup les décideurs allemands, actuellement. Ce qui m'intéresse, c'est la capacité du gouvernement allemand à imposer une ligne claire. Au premier abord on peut en douter vu le manque d'autorité de la coalition noir/jaune. Cependant, on peut imaginer que Madame Merkel profitera de la crise possible causée par l'endettement de quelques Etats européens pour réimposer son autorité de chancelier à l'intérieur et asseoir l'idée d'une gouvernance tranquille de l'Europe par l'Allemagne.
* Madame Merkel, lors d'une conférence de presse récente, a cité le passage à l'euro comme l'un des exemples les plus caractéristiques d'une position imposée à l'opinion allemande dans les décennies précédentes (au même titre que l'installation des Pershing en 1983!). Lapsus? Calcul, plutôt puisque c'était au milieu d'un discours expliquant qu'elle avait pour mission de faire émerger le consensus. C'est dans ce rôle là qu'elle se sent bien.

* Madame Merkel sait que l'opinion allemande est fort opposée à un renflouement de la Grèce. Elle pense, d'autre part, ne pas pouvoir faire autrement, que d'emmener cette même opinion publique vers un mécanisme de stabilisation de l'euro, avec plus d'engagement de la part de l'Allemagne. C'est ce que souhaite la majorité du patronat allemand - pour des raisons liées aux exportations, majoritairement européennes, et qui profitent beaucoup de la stabilité monétaire, et aussi parce que les banques allemandes, Deutsche Bank en tête, y voient une source de profit.
* Le problème de Madame Merkel, c'est la faible popularité de son gouvernement et les tensions permanentes avec le vice-chancelier Westerwelle. Le gouvernement est tombé à 1/3 d'opinions favorables. Westerwelle n'en a plus que 26%, ce qui ne s'est jamais vu pour un Ministre allemand des Affaires étrangères. Il se peut que les élections de Land en Rhénanie du Nord Westphalie voient une victoire de la gauche, ce qui ramènerait une majorité de gauche au Bundesrat.
* Mais c'est précisément la situation idéale pour Madame Merkel qui se profile: elle va laisser les libéraux s'essouffler. Elle pourra progressivement imposer une solution "au centre" ("Mitte" est devenu son mot fétiche; elle se voit bien occuper le centre de l'échiquier tandis que le FDP se droitise et le SPD se gauchise). On peut esquisser le scénario. Qui reproduira celui qui a eu lieu au moment de la crise bancaire. Madame Merkel va laisser penser qu'elle est du côté d'un contrôle très strict de la Grèce et de tous ceux qui prônent le "retour à la discipline", attendant que la situation empire pour pouvoir justifier le fait qu'on ne peut pas faire autrement que d'intervenir et renforcer le dispositif de l'euro en faveur d'une solution plus "européenne" (une sorte de FMI à l'européenne).
* on peut évidemment se demander si la stratégie "à la Merkel" est tenable en cas d'emballement (crise espagnole). Précisément, AM aime bien les crises où se dégagent des consensus interventionnistes et où elle peut renforcer son profil de femme ayant du sang froid.
* De tout ce que je lis ou j'entends, on a le sentiment que le "franco-allemand" est redevenu une évidence (implicite) pour les dirigeants allemands. Paris et Berlin apparaissent comme les moteurs d'un possible processus d'intervention en urgence pour éviter la faillite d'un Etat européen. Cependant, il ne faut pas se faire d'illusion: on est encore très loin de l'idée d'une coordination des politiques économiques. L'objectif restera pour l'Allemagne: maintenir le cadre européen en rognant le moins possible de liberté d'action pour Berlin.

Pour finir, je ne pense pas que la ligne allemande sera jamais très claire. En revanche, on peut tabler sur une stratégie de Madame Merkel pour aller au maximum de ce qu'elle juge supportable par l'opinion allemande en matière d'intervention européenne au service d'une stratégie personnelle de réaffirmation de son autorité, ébranlée par les cafouillages des quatre premiers mois en noir et jaune.


NB Je signale aussi une tribune de Volker Rühe, l'ancien ministre de la défense, dans le Spiegel, prônant une entrée progressive de la Russie dans l'OTAN

Lundi 8 Mars 2010
Edouard Husson
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