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Péguy, Jaurès et l’Allemagne



Les citations concernant Jaurès, dans la charrette, emmené vers l’exécution pour haute trahison, sont trop connues pour avoir besoin d’être répétées. Ce à quoi l’on fait d’habitude moins attention, c’est que Jaurès est comparé à Louis XVI : les tambours qui doivent couvrir la voie de Jaurès sont ceux qui ont historiquement couvert celle de Louis XVI sur l’échafaud. Péguy fait rejouer le manichéisme de l’histoire révolutionnaire – il faut dire qu’à l’époque les historiens n’avaient pas encore découvert que Louis XVI n’avait eu aucun rapport avec la publication du manifeste de Brunswick. L’image du « gros Jaurès » rapproché du « gros Louis XVI » en a d’autant plus de signification. Péguy se réclame de la tradition du Comité de Salut Public qui fit mettre à mort un souverain accusé à tort d’avoir appelé les princes du Saint Empire et l’Autriche à son secours.

Péguy qui déclare « je suis un vieux révolutionnaire » enchaîne à partir de là les paradoxes. Au-delà de la trahison, l’erreur de Louis XVI, c’est d’avoir été un « moderne », d’avoir voulu renforcer l’Etat que lui avaient légué ses prédécesseurs. Et Jaurès aussi se voit reprocher ailleurs d’être du parti de la modernité, d’avoir accompagné l’intrusion de l’Etat dans les consciences que représente la politique de Combes.

L’Allemagne aussi est classée par Jaurès du côté du monde moderne, elle permet d’en souligner la barbarie.

Je vais revenir tout à l’heure sur l’enchaînement de paradoxes qui permettent à Péguy d’envisager la guerre contre l’Allemagne en se proclamant à la fois révolutionnaire et antimoderne. Nous verrons que Péguy se trouve, de la sorte, beaucoup plus proche de la culture allemande de son époque qu’il ne le croit lui-même – et sans doute plus proche que Jaurès n’en a jamais été. Mais il faut auparavant éclaircir un ou deux autres points.

Il me faut retracer d’abord l’image que les deux hommes ont de l’Allemagne. Il me faudra ensuite retracer rapidement le rôle joué par l’Allemagne dans l’animosité grandissante de Péguy envers Jaurès. C’est alors que nous pourrons revenir au paradoxe souligné au départ pour nous poser la question :que nous apprend de Péguy sa double animosité, toujours plus confondue, envers Jaurès et envers l’Allemagne ?

I. Des visions de l’Allemagne qui divergent après le tournant péguyste de 1905

Il est intéressant de comparer ce que Péguy a écrit sur l’Allemagne avant et après son tournant personnel de 1905.
- Il est au départ difficile de voir une vision différente de celle d’un Jaurès. Péguy jeune socialiste voit dans les Allemands un peuple tout aussi susceptible de contribuer à la révolution que les autres.
- La mise en valeur, après 1905, de son enfance dans l’impression de la défaite, transmise avec le lait et l’enseignement maternel, semble être l’accentuation de ce qui n’est au départ d’un clivage générationnel : Péguy est né onze ans après Jaurès. Ce dernier a vécu au seuil de l’adolescence l’humiliation de la France impériale. Il a connu la France d’avant la défaite ; on peut penser que c’est la raison pour laquelle les deux hommes ont tiré, après 1905, des conclusions différentes de la crise du Maroc : Jaurès a connu les erreurs de la France du Second Empire et il est moins enclin à rejeter sur l’Allemagne toute la responsabilité des crises franco-allemandes passées ou présentes. Dans son Histoire de la guerre de 1870/1871, il écrit en fait essentiellement une histoire des responsabilités dans le déclenchement de la guerre. Napoléon III et Bismarck se partagent les responsabilités. Ce texte, écrit en 1907, peut être mis en regard avec le point de vue de Péguy, entre 1905 et 1914il n’est pas question pour lui d’autre chose que du bon droit offensé de la France. Péguy aussi revient vers le passé, mais ce n’est pas pour regretter, comme Jaurès, que la guerre ait éclaté en 1870 suite aux inconséquences de la politique impériale ; c’est pour déplorer que la France de 1875 ou celle de 1887 ait manqué les occasions qui se sont présentées de reprendre le conflit avec l’Allemagne prussienne et de rétablir définitivement la vraie hiérarchie militaire entre les deux nations.
- Le contraste entre les deux analyses est d’autant plus spectaculaire qu’à l’époque de l’Affaire Dreyfus, Péguy semble vraiment avoir pensé à l’unisson de Jaurès en matière de politique étrangère. Il dénonce comme lui l’oppression du tsarisme en Pologne et les massacres d’Arméniens en Turquie. Et il voyait comme inéluctable la libération des peuples opprimés, suite au triomphe de la démocratie et des idées révolutionnaires. Péguy n’a jamais développé autant que Jaurès sa vision de l’avenir de l’Allemagne à cette époque mais il semble adhérer à l’idée selon laquelle le peuple allemand se débarrassera un jour de l’oppression de ses classes dirigeantes. Péguy a eu une période internationaliste. Il a cru un temps à la coopération avec les socialistes allemands.
- Là aussi, il faudra attendre 1905 pour que Péguy développe l’idée que la libération des peuples opprimés ne peut pas avoir lieu sans guerre. Et il fera de l’Empire allemand le verrou de l’oppression des peuples. Dans le même temps, il n’imaginera plus, à la différence de Jaurès, qu’il y ait une « bonne Allemagne » en face d’une Allemagne réactionnaire.
- J’avais pris comme hypothèse de travail que l’intérêt porté par Jaurès à la philosophie allemande pouvait être l’une des raisons essentielles de leur différend. En fait, ce n’est pas le cas. Si l’on prend un marqueur, les références à Kant dans les textes de Péguy, on se rendra compte que, jusque très tard, Péguy a parlé avec respect de Kant. Ce n’est, là encore, qu’après son tournant de 1905 qu’il parle de Kant comme d’un fonctionnaire prussien, qu’il parle de sa philosophie désincarnée. Surtout, il rend grâce à Bergson d’avoir débarrassé la philosophie en France de la tyrannie de la philosophie allemande. Très tôt,il est vrai, Péguy avait jugé que Jaurès ne comprenait rien à Bergson ; et il dit y avoir perçu un signe essentiel de divergence. Mais cela nous renvoie au fait que l’hostilité de Péguy envers Jaurès a des racines plus anciennes que leur divergence dans la perception des crises du Maroc.
- En fait, en ce qui concerne la perception de l’Allemagne, Péguy et Jaurès ont les mêmes maîtres et les mêmes références, celui des études germaniques menées, en milieu intellectuel normalien et socialiste, autour de Lucien Herr et de Charles Andler. Péguy parle encore avec émotion du séminaire consacré par Andler à Marx. Il le fait à une époque où les analyses de Jaurès et d’Andler sur le socialisme allemand se sont mises à diverger. Dans la controverse suscitée par les articles de Charles Andler sur le socialisme allemand, Péguy adhère sans hésiter aux thèses d’Andler sur le socialisme impérialiste ou pangermaniste. L’Allemagne n’est-elle pas, pour l’auteur de la Note conjointe, ontologiquement impériale, ontologiquement différente de la France, donc, patrie de la chevalerie et de la liberté ?

II. De la prochaine guerre entre la France et l’Allemagne

L’attitude de Jaurès face aux analyses de Charles Andler a souvent été caricaturée. Si Jaurès n’a pas engagé un débat de fond sur les thèses d’Andler, c’est parce qu’il sait lui-même combien la solidarité des socialistes allemands avec les autres partis européens est plus précaire qu’elle n’y paraît et qu’il ne souhaite pas envenimer la situation. Il ne souhaite pas susciter de tropisme nationaliste chez les socialistes allemands.

D’une manière générale, la différence entre Péguy et Jaurès ne se trouve pas dans le patriotisme du premier et le philogermanisme suspect du second. Elle se trouve dans le fait que,comme le dit Péguy lui-même, Jaurès fait de la politique. Mais il ne faut pas prendre le mot dans le sens péjoratif où l’utilise Péguy.

Jaurès a le sens des responsabilités d’un faiseur de gouvernement et d’un ministre en puissance et il sait parfaitement que la question coloniale, en Afrique du Nord et dans les Balkans en particulier, est une véritable poudrière. Il dénonce en 1905 une politique mal conçue, qui ravive les tensions avec l’Allemagne. Dès cette époque, il annonce que les Balkans sont le principal danger puisque l’Autriche-Hongrie et la Russie ont les moyens d’y déclencher une guerre européenne générale. Il faut refuser tout ce qui pourrait échauffer les esprits des deux côtés du Rhin. Jaurès a écrit, dans son Histoire de la Guerre de 1870 ce qui est sans doute le meilleur portrait de Bismarck en langue française. Son obsession, dans ce livre, est de distinguer entre l’impérialisme bismarckien et la légitime aspiration allemande à l’unité nationale. La France, patrie de la révolution, berceau de l’idée moderne de nation, ne peut pas s’opposer au désir allemand d’unité. En faisant mine de s’opposer à la réplique allemande de la révolution française, la France a fait le jeu de Bismarck, le modèle de tous ceux qui veulent instrumentaliser la nation . Jaurès développe la même analyse concernant l’Allemagne de Bismarck et Guillaume II et la France de son temps. Et il ne cesse de le répéter à ses compatriotes, à la tribune de la Chambre, contre les nationalistes qu’il juge être les alliés objectifs de Guillaume II : il ne faut rien faire pour étouffer les germes de la démocratie en Allemagne. Ce pays a une histoire plus ramassée que la France, ce qui explique qu’on soit troublé par l’entrelacement de la monarchie et du sentiment national moderne, mais la monarchie tombera un jour et alors le peuple allemand prendra son essor.

Comme constructeur d’un rassemblement socialiste en France et en Europe, Jaurès qu’il serait contreproductif d’insulter l’avenir ; il faut, de son point de vue, faire comme si les socialistes allemands devaient adhérer, sans aucune hésitation, à un soulèvement de tous les socialistes européens contre un conflit généralisé – lequel ne pourrait profiter qu’à toutes les réactions. Surtout, de façon plus réaliste, il faut tout faire pour qu’aucune guerre n’éclate car, Jaurès l’a bien compris, la, paix est la meilleure chance de victoire de la démocratie socialiste en Europe – en Allemagne et en France.

Il est indéniable que sur la question de l’Alsace-Lorraine, Jaurès est en rupture avec la majorité des élites françaises. Il pense que la politique la plus intelligente pour la France serait d’attendre la victoire de la démocratie en Allemagne et la possibilité, pour les Alsaciens, d’exprimer par les urnes leur désir d’autodétermination. Jaurès se comporte comme un homme politique de la seconde moitié du XXè siècle dans une situation de guerre froide. C’est là où il était le plus précurseur qu’il a été le plus attaqué, qu’il a suscité le plus de haines et, malheureusement, Péguy ne s’est pas grandi en se joignant au chœur de ceux qui traitaient Jaurès d’agent de l’Allemagne et de « pangermaniste ».

Contrairement aux accusations de Péguy, Jaurès ne sous-estime pas le danger allemand. Il n’exclut pas la possibilité de la guerre. Et il n’oublie pas d’y préparer le pays. On peut même dire que là où Péguy se contente d’annoncer la guerre, Jaurès imagine les moyens de la défense la plus efficace de la patrie. On ne trouve rien chez Péguy qui soit l’équivalent des visions concrètes de ce que sera le conflit, un conflit industriel dans lequel le simple soldat sera exposé au feu sans merci des mitrailleuses, à moins que le pays ne choisisse la seule stratégie appropriée à la nature de l’armement, la défensive. Jaurès, au contraire, a dressé, dans l’Armée Nouvelle et dans plusieurs autres discours un tableau saisissant des destructions à venir.

La guerre avec l’Allemagne est beaucoup plus abstraite dans l’esprit de Péguy, c’est sans doute la raison pour laquelle il la souhaite plus que Jaurès. Jaurès veut éviter les boucheries qu’avait esquissé, avec une prescience frappante un autre socialiste Ivan Bloch. Pour Péguy, la guerre à venir est pensée en rapport au passé : elle sera la continuation des guerres de la révolution ; elle permettra à un peuple marqué par la gloire militaire de l’Ancien Régime et celle de l’Empire (évoqué à l’aide de citations de Hugo) de montrer une nouvelle fois ses aptitudes. Elle lui permettra de faire revivre l’esprit de chevalerie qui n’a pas cessé de l’animer dans ce qu’il a de meilleur.

Je ne veux pas dénier toute lucidité à Péguy. Par exemple, dans les pages célèbres et réitérées qu’il consacre aux peuples qui se battront pour la liberté, il imagine ce qui se passera effectivement, un rassemblement des nations occidentales incluant les Etats-Unis pour combattre les forces oppressives du centre et de l’Est de l’Europe. Péguy anticipe sur ce que sera l’état d’esprit de la « croisade pour la démocratie » des années 1917-1918. Et il faut bien dire que les républicains français, Clemenceau en tête, ont été plus péguystes que jaurésiens dans leur refus de distinguer entre nationalistes et républicains en Allemagne en 1918-1919, faisant signer à la République allemande naissante un traité punitif que seul l’Empire aurait mérité.

On a souvent souligné comme Péguy choisit la liberté là où Jaurès voit dans la révolution le combat pour la justice sociale. Il ne faudrait cependant pas forcer les oppositions : Jaurès est capable de voir la montée en puissance américaine. Il n’exclut pas une évolution généreuse du capitalisme. Il a même misé sur les intérêts internationalistes du capitalisme financier comme l’un des moyens d’arrêter la guerre. Mais là aussi, on fait surgir une nouvelle divergence entre les deux hommes, puisque le Péguy déteste le monde moderne, justement, pour la place qu’y occupe l’argent.

III. Péguy, plus « allemand » que Jaurès ?

Ce n’est pas le moindre des paradoxes. Jaurès le socialiste est finalement moins hostile au monde de l’argent que Péguy le républicain. Il est capable de faire la distinction entre un capitalisme de rapine et un capitalisme constructif. Il a vivement critiqué, en particulier au Congrès d’Amsterdam en 1904, la manière dont d’autres socialistes européens, en particulier les Allemands, se réfugiaient dans la radicalité pour masquer leur absence de stratégie politique sur le long terme. Jaurès le réformiste est aussi un partisan résolu du régime parlementaire, à la différence de Péguy le républicain. Il voit aussi tout le rôle que peut jouer l’Etat dans l’avènement de la démocratie socialiste, pour mettre en œuvre, sans grand bouleversement des structures, une amélioration de la condition ouvrière. Il y a au contraire, chez Péguy, un anarchisme latent souvent mis en relief.

On a souvent fait remarquer comme Péguy avait eu, à l’occasion de la persécution anticatholique qui suit l’Affaire Dreyfus, une intuition de ce que pouvait devenir la tyrannie de l’Etat sur les consciences dans le siècle qui commençait, ce que nous appelons aujourd’hui le totalitarisme. Je laisse ici la question de savoir si Jaurès était la cible la plus appropriée au terme de la dénonciation péguyste de la décomposition du dreyfusisme. Je remarque juste que Péguy a élaboré, à l’occasion de sa déception des années qui suivent immédiatement l’Affaire Dreyfus, une vision du monde très précise, explicitement « anti-moderne » et qui fait irrésistiblement penser à des catégories de pensée très répandues dans l’Allemagne de son époque.

Je n’ai pas besoin de vous rappeler les développements de Péguy sur la liberté authentique, telle qu’il la conçoit, incarnée successivement par l’Antiquité grecque, la chrétienté médiévale et la France révolutionnaire, et l’opposition qu’il fait avec le monde moderne, dominé par l’argent. Je dois dire, cependant, que cette opposition me fait irrésistiblement penser à l’opposition courante dans l’Allemagne contemporaine de Péguy entre « culture » et « civilisation ». La « culture », c’est le monde de la profondeur, conscient de ses racines, enraciné dans l’Antiquité, la chrétienté et le classicisme allemand ; un monde des « guerriers » opposé à celui des « marchands » ; et de même que Péguy exalte la continuité entre les hommes libres de l’Ancien Régime et les grands révolutionnaires, beaucoup des intellectuels allemands de son époque ne cessent d’exalter la « liberté prussienne » ou la « liberté allemande ».

Un Allemand exaltant la « culture » contre la « civilisation » classerait, à la différence de Péguy, la révolution française du côté de la « civilisation », de la superficialité et de l’atomisation sociale propre au monde moderne fondé sur l’argent, le parlementarisme etc…Mais Péguy, de la même manière, exclut l’Allemagne bismarckienne, pourtant très fière de ses capacités à garder le meilleur du « vieux monde » à l’époque des révolutions politiques et économiques, du monde authentique qu’il appelle de ses vœux.

On m’objectera que la « culture » telle que la conçoit Péguy est plus proche de la Bildung que de la Kultur. Mais pensons aux célèbres pages de Nietzsche sur le danger que court l’empire allemand de sacrifier son sens de la culture après les victoires contre la France et l’on verra que l’on a à la fois des pages très proches des conceptions de Péguy sur la culture et, en même temps, une conscience bien plus aiguë que chez l’écrivain français des dangers d’un militarisme moderne qui habite toutes les nations.

Péguy regarde certainement vers les Anciens à la façon d’un Humboldt et, pour lui, la vie de l’esprit est, comme chez le grand réformateur de l’université prussienne, un moyen de libérer l’individu, mais il n’est pas exempt de l’aveuglement qui, chez les Allemands de son époque, conduit à souhaiter le déclenchement d’une guerre pour se débarrasser de ce qu’il y a de plus déplaisant dans le monde moderne. Il a apporté sa contribution à ce qu’on a appelé « crise allemande de la pensée française ».

Le paradoxe suprême, donc, dans les relations respectives que Péguy et Jaurès entretiennent avec l’Allemagne de leur époque, c’est que, culturellement, le plus Allemand des deux n’est pas celui qu’on pense ou celui que les contemporains percevaient. On aurait d’ailleurs affaire, en l’occurrence, à une loi classique de la psychologie : la détestation ne naît pas de la différence mais de la ressemblance, de la proximité. A exalter une singularité française, un sens de la liberté héritier des Grecs et de la tradition médiévale, et à dénier cette capacité au pays voisin, Péguy se retrouve en compagnie de bien des penseurs allemands qu’il détestait.

Jaurès avait beau citer la presse allemande au Parlement et même être capable de prononcer des discours en allemand devant ses camarades socialistes, il fut sans doute plus proche de cet universalisme que Nietzsche voyait disparaître dans le monde de la fin du XIXè siècle. Jaurès est resté fidèle à la formule du Péguy des jeunes années, qui disait souhaiter que les internationalistes français et des internationalistes allemands étaient, respectivement, les vrais Français et les vrais Allemands.

Peut-être aussi, dernier paradoxe, Péguy était-il plus moderne que Péguy, c’est-à-dire plus en phase avec son époque. Dans son attachement à la paix, comme impératif suprême, Jaurès est un homme du XIXè siècle, un homme du « concert européen », qui envisage simplement que l’Internationale Socialiste puisse se substituer à des élites bourgeoises défaillantes. Péguy, lui, est un homme du XXè siècle par toute une part de lui-même, un homme des croisades pour la liberté et du droit d’ingérence.



Mardi 15 Août 2006
Edouard Husson
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