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Quelques thèses historiques concernant l’histoire du XXè siècle -Préparation au cours d'histoire du XXè siècle - IEP de Paris - 1er cycle franco-allemand de Nancy1ère thèse : avant 1914, l’Europe se caractérisait par l’émergence progressive d’un « système libéral » caractérisé par : la primauté accordée au jugement individuel, à la raison et à la vérité de l’expérience ; une diversité confessionnelle de mieux en mieux acceptée ; « l’état de droit » aussi appelé « règne de la loi » ; la diffusion du pluralisme politique et du suffrage universel ; une limitation progressive des prérogatives du pouvoir exécutif en particulier des dépenses budgétaires (le parlementarisme) ; la diffusion de l’économie de marché, système fondé sur la (petite et moyenne) propriété privée, l’initiative individuelle mais aussi l’arbitrage de l’Etat et le système du crédit garanti, internationalement, par l’étalon-or, c’est-à-dire par une monnaie commune mondiale ; la croissance du commerce garantie par un protectionnisme modéré ; un ordre diplomatique auto-régulé appelé « équilibre des puissances » ; l’émancipation, partout, de nations, au sens de 1688 ou de 1789, qui étaient les lieux concrets d’émergence des pratiques libérales et démocratiques. 2è thèse : ce « système libéral » connaissait la contestation ou des pratiques illibérales mais il s’agissait de phénomènes repoussés à la marge du système quand ils ne voulaient pas s’intégrer. La « marginalité » des phénomènes anti- ou il-libéraux peut aussi être entendue dans un sens géographique : retard de l’Empire russe ou impérialismes coloniaux. 3è thèse : ce « système libéral » était inséparable de la préservation, globalement, de la paix en Europe entre 1815 et 1914. Contrairement à la thèse socialiste, les capitalistes ne souhaitaient pas la guerre et l’impérialisme était non pas le « stade suprême du capitalisme » mais l’ultime manifestation d’un « Ancien Régime » en voie de disparition. 4è thèse : la Première Guerre mondiale a été déclenchée non par les nations libérales en voie d’émergence mais par des empires qui voulaient s’opposer à l’émancipation de certaines d’entre elles. 5è thèse : la Première Guerre mondiale a interrompu la mise en place du système libéral, quelquefois de manière définitive. Elle a conduit à la diffusion de systèmes où le jugement individuel était foulé aux pieds, l’idéologie substituée à la raison, la réalité économique et sociale forcée de se soumettre à des conceptions a priori ; la religion et la liberté de conscience persécutées ; « l’état de droit » nié et la notion de loi comme « commandement » substituée à celle de loi découverte à partir du droit naturel ; le pluralisme politique et les élections libres abolies ; le pouvoir exécutif hypertrophié et le débat politique supprimé ; l’économie de marché détruite en même temps qu’était instituée la propriété collective des moyens de production, la planification et le papier-monnaie ; les réseaux commerciaux de la « première mondialisation » ont été désorganisés ou ont disparu ; « l’équilibre des puissances » a disparu ; nation et libéralisme sont devenues des notions antagonistes ; 6è thèse : Le fascisme et le communisme ont été les manifestations les plus évidentes et les plus immédiates de la destruction de l’ordre libéral par la Première Guerre mondiale mais « les démocraties », dans l’entre-deux-guerres ou après 1945, n’ont pas pu ou n’ont pas voulu rétablir l’ordre libéral d’avant 1914, comme le montrent : - la domination des thèses de Hans Kelsen en matière juridique. - La substitution de l’administration des choses au gouvernement des hommes dans les conceptions politiques dominantes. - L’incapacité à rétablir, en 1922 puis en 1944, le système de l’étalon-or ; plus généralement, la transformation du billet de banque, moyen de crédit, en monnaie géré par l’Etat. - La domination du keynésianisme en matière économique. Contrairement à ce qu’affirme l’opinion dominante, il n’y a pas eu de « révolution libérale » dans les années 1980. Le monétarisme est une tentative, qui a échoué, de sauver le papier-monnaie qui est la base d’une économie fondée sur les dépenses de l’Etat. Les Etats-Unis pratiquent, depuis Reagan, un « keynésianisme militaire ». 7è thèse : Le fascisme se caractérise par l’exaltation de l’expérience de la « guerre totale ». Il passe un compromis avec la société qu’il domine pour disposer de suffisamment d’hommes, de ressources et d’énergies dans la conduite d’une nouvelle « guerre totale ». Le fascisme est enfanté ou encouragé par les dysfonctionnements du « système libéral ». Cela est bien visible dans la carrière de Hjalmar Schacht ou dans le financement partiel, par le grand capital américain de l’entre-deux-guerres, du IIIè Reich. On se tromperait simplement si l’on affirmait, comme les marxistes, que le fascisme est un produit inéluctable du capitalisme : il est le produit de la crise, causée par la Première Guerre mondiale, du capitalisme libéral. 8è thèse : A la différence du fascisme, le communisme condamne la « guerre impérialiste ». Historiquement, il est né de l’effondrement de l’autocratie impérialiste russe. On peut supposer, à partir de cette constatation, que les dirigeants des différents systèmes communistes n’ont jamais envisagé l’expansion du communisme par la conquête militaire. L’examen des archives disponibles depuis la chute de l’Union Soviétique confirme cette hypothèse. La peur des sociétés occidentales face au communisme était alimentée par la volonté de destruction du « capitalisme » inhérente au communisme. Les sociétés occidentales ont imaginé en permanence qu’une guerre était possible avec les régimes communistes ; ceux-ci, dans un réflexe défensif, se sont armés, ce qui a renforcé la croyance occidentale dans la possibilité d’un expansionnisme militaire soviétique. En fait, l’Occident, par son agressivité, a donné toutes les raisons au communisme de lui faire la guerre et le fait que celui-ci ne l’ait pas faite confirme la thèse selon laquelle le communisme n’a jamais eu l’intention de procéder à des conquêtes militaires pour se diffuser. Fondamentalement, le communisme recherche le compromis avec le « monde extérieur ». Ses phases d’expansion sont toujours nées de guerres défensives et du souci de constituer un glacis autour de la « patrie du socialisme », en attendant que les contradictions du système capitaliste permettent à la subversion communiste dans les différents pays de s’imposer. 9è thèse : les systèmes communistes sont tout entiers absorbés par les contradictions inhérentes aux principes qui les fondent. Ils sont des systèmes de la « guerre civile totale ». Lorsque l’on mène une guerre civile permanente, on ne peut pas faire la guerre contre l’extérieur. De plus, le système communiste n’est pas viable puisqu’il veut à la fois construire une économie industrielle moderne et qu’il détruit les bases naturelles d’un tel système. La complexité de l’économie moderne fait que l’on ne peut prévoir le déroulement des processus économiques. Il faut faire confiance à l’individu et à sa capacité d’adaptation permanente à la somme (limitée) d’informations qu’il peut traiter dans son environnement immédiat. Toute autorité centrale qui voudrait rassembler toutes les informations nécessaires à la planification de l’ensemble de l’économie serait toujours en retard sur les événements et négligerait des détails (pour elle) essentiels (pour l’individu). La seule manière de s’en sortir, pensent les planificateurs communistes, c’est d’interdire à l’individu toute initiative et d’en confier le monopole aux autorités centrales et de procéder à une organisation de type militaire de la société. Mais cela ne peut marcher puisque le ressort de l’économie moderne est dans l’initiative individuelle créatrice. Une armée est hiérarchisée pour servir un objectif unique (destructeur) tandis que l’économie moderne est faite pour satisfaire les besoins de l’individu, qui souhaite créer librement son propre avenir. 10è thèse : les démocraties occidentales ont laissé prospéré, à partir de 1918, divers systèmes antilibéraux, faute d’avoir analysé correctement la Première Guerre mondiale : - à Versailles, ils refusent de respecter l’équilibre européen des puissances qu’ont manifesté les quatre ans de guerre. En fait il n’y avait ni vainqueurs ni vaincus et la seule issue légitime était celle d’un nouveau « Congrès de Vienne ». - le plus dramatique a été sans doute l’incapacité, produit de la germanophobie, de recréer un ordre monétaire européen et mondial. Il en a résulté l’inflation de 1923 en Allemagne et la crise de 1929, sans lesquelles le nazisme n’aurait jamais pris le pouvoir. - Au lieu de recréer, en 1945, un « ordre libéral » complet, qui aurait eu un effet d’aimantation sur la sphère soviétique, les démocraties ont à la fois alimenté à fonds perdus un système économique qui n’était pas réformable et développé un outil militaire antisoviétique dont la principale conséquence a été de faire s’éloigner les Etats-Unis, de plus en plus, des principes libéraux qui les fondent. 11è thèse : Dans les années 1970, les systèmes nés des deux guerres mondiales sont entrés en crise : - contrairement aux vantardises de Krouchtchev, le système communiste, non seulement, n’a pas rattrapé le capitalisme occidental mais il est entré dans une crise définitive. - Les nations issues de la décolonisation ont payé de plus en plus évidemment le prix de l’adoption d’un modèle marxiste. Elles ont commencé à se rallier à un modèle libéral mais cela s’est généralement mal passé parce que « le monde libre » lui-même entrait en crise. - Le système libéral incomplet rétabli par le « monde libre » en 1945 est entré en crise car il ne disposait pas, en particulier en matière monétaire, de mécanisme d’autorégulation. Les Etats-Unis se sont lancés dans une politique de création monétaire inconsidérée avec l’accord de leurs Alliés. L’hyperpuissance et la crise de la démocratie américaine sont le produit d’une évolution amorcée dans les années 1960. - « 1968 », nième poussée d’individualisme de l’histoire de l’Occident, n’ayant pas été absorbée par le « système libéral » en partie détruit, est venu alimenter la crise occidentale : beaucoup des soixante-huitards sont devenus des adeptes du « capitalisme individualiste » prôné par les reaganiens. 12è thèse : Après la chute de l’Union Soviétique, le « monde libre » a été laissé face à ses propres contradictions. - les pays d’Europe occidentale ou le Japon sont incapables d’équilibrer l’hyperpuissance américaine puisqu’ils en financent les déficits sans protester. - Ils sont de plus en plus, en système de libre-échange intégral, exposés à la concurrence irrésistible des pays à bas salaire. - Passés des discours euphoriques des années 1960 sur la « toute-puissance » de l’Etat-providence (et des engagements inconsidérés pris auprès des populations en régime de papier-monnaie) aux discours pessimistes sur l’inéluctable démantèlement des politiques de redistribution, les milieux politiques occidentaux, en particulier ouest-européens encouragent une crise de la démocratie caractérisée par la montée de l’abstention ou des populismes. - Les deux conflits mondiaux ont laissé de profondes traces psychologiques sur les pays qui les ont faites, qui sont, d’une part, conduits à refuser « frontières », « protection commerciale » au nom du « plus jamais la guerre » et qui, d’autre part, gouvernent leurs économies avec des instruments hérités de l’économie de guerre. Il en résulte une absence d’économie de marché efficace en même temps qu’une diffusion des problèmes causés par le non respect des règles du marché d’un pays à l’autre. Lundi 4 Décembre 2006
Edouard Husson
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