Inscription à la newsletter



Creative Commons License

Vingt ans après Maastricht - une contribution de Norman Palma

rééchelonner le remboursement du principal de la dette et donner à la BCE le droit d’émettre de la monnaie.


Les élites américaines n’ont aucun état d’âme : elles sont prêtes à tout pour que les Etats-Unis survivent à la crise du dollar. Les programmes d’émission monétaire de la Fed, (QE, quantitative easing) doivent permettre d’éviter l’effondrement des bons du Trésor sur le marché international, tout en permettant la dépréciation du billet vert et la relance des exportations américaines. Cette politique a porté ses premiers fruits : en 2010, les exportations américaines ont dépassé le montant des exportations allemandes. Bernanke n’a pas jugé utile d’annoncer, dans son discours du 26 août 2011, une troisième vague de quantitative easing. Mais les décideurs monétaires américains n’hésiteront pas à la déclencher dès qu’ils la jugeront nécessaire

La dépréciation du billet vert, ne pose pas de problème à l’Allemagne. Sa politique de sous-traitance (dans son hinterland centre-européen en particulier) la rend sur-concurrentielle. En revanche, la politique monétaire américaine touche de plein fouet les pays déficitaires de la zone euro. La monnaie unique est ainsi conçue que les pays excédentaires ont la possibilité d'augmenter leur basse monétaire, en achetant à la BCE le droit d'émettre de la monnaie. Par contre, les pays déficitaires, s'enfoncent dans la pénurie monétaire. La crise du crédit qui s'ensuit ne peut qu'aggraver ce phénomène.
C’est une véritable trappe monétaire qui s’est mise en place, détruisant à petit feu le tissu économique de l’euroland hors Allemagne. La crise se diffuse progressivement depuis la périphérie vers le centre de la zone. L’Allemagne elle-même sera touchée le jour où elle verra s’effondrer la capacité de l’Europe, qui reste de loin son premier partenaire commercial, à absorber ses exportations. L’enjeu est de savoir comment sortir de la trappe monétaire dans laquelle se trouvent les pays déficitaires de la zone euro.
Pour éviter aussi bien la destruction lente de l’appareil productif européen qu’une chute brutale du système de l’euro, on ne peut plus faire dans la demi-mesure :
1. il est urgent de rééchelonner le principal de la dette des pays surendettés de la zone euro – ceux-ci continuant à payer aux échéances prévues les intérêts.
L’Italie doit rembourser théoriquement en 2012, 252 milliards d’euros ; l’Espagne doit en rembourser 106. Si l’on ajoute que les bons du Trésor grecs, portugais et irlandais à 10 ans, ont actuellement une décote de presque 50% sur le marché secondaire et ce, malgré les achats de la BCE. Il faudra donc aller beaucoup plus loin que les actuels plans de sauvetage
2. Il faut permettre à la BCE d’émettre de la monnaie, afin qu’elle soit en mesure de riposter à la politique de la Fed. C’est le seul moyen de piloter une dépréciation ordonnée de l’euro, rééquilibrer le commerce mondial et commencer à réindustrialiser l’Europe.
Evidemment, dès que ces mesures seront proposées par les responsables français, l’Allemagne commencera par crier à l’irresponsabilité. C’est pourquoi les dirigeants français n’auront pas d’autre possibilité que de parler courtoisement mais très fermement à Berlin, dans la tradition gaullienne, et d’en appeler à la refondation de l’Europe.
Les Allemands continuent à pourfendre le fantôme de l’hyperinflation d’il y a quatre-vingt dix ans quand nous avons vécu depuis vingt ans dans le monde du quantitative easing américain soutenu par la Chine. S’accrocher au monétarisme de la Bundesbank renforcera le processus en cours de destruction mondiale des monnaies et aggravera les déchirements du tissu économique européen.
Au contraire, il existe une voie de renouveau européen. Elle commence par une réunion de crise franco-allemande au cours de laquelle les responsables français sauront parler un langage de vérité à Madame Merkel et à son gouvernement et elle continue par une conférence pour réviser, au bout de vingt ans, le Traité de Maastricht en donnant à la BCE les pouvoirs appropriés à l’urgence de la crise.

Samedi 27 Août 2011
Norman Palma
Lu 394 fois



Dans la même rubrique :

Cours/ Teaching | Les Caractères | Chronique | Modern History | Le système monde/Global Studies | Letter from Paris | Auteurs invités | Bibliothèque/Library | curriculum vitae | Agenda | Arts, Humanities and Social Sciences | Ancient History | Vice-Chancellerie | Le monde des universités/ The World of Universities